Le costume d’Arles représente la partie visible d’une manière de vivre, de penser, de célébrer la vie, de la partager… ou pas. 

 

À Arles et les terres alentours, il se porte tout au long de l’année, avec des variantes selon les saisons et les événements.

Il fait l’objet de recherches historiques pointues.

Sa codification précise complexifie son approche. Certains parlent d’« entrer en costume » comme d’une philosophie de vie.

Cela représente un monde entier dans la société contemporaine.

Un univers singulier d’une grande vitalité à l’image de la société occidentale.

 

Il relève souvent d’une histoire de famille, d’un engagement fort, d’un choix aux motivations variables d’une personne à l’autre.

Il peut être motivé par l’envie de sortir et rencontrer d’autres personnes, de danser, d’appartenir à un groupe, d’affirmer une identité, par un goût pour la recherche historique, les travaux d’aiguilles… entre autres.

 

Le costume d’arlésienne représente pour moi la quintessence d’une idée du raffinement.

 

Enfants, ma mère nous habillait ma sœur et moi, c’était une préparation sérieuse et méticuleuse.

Une fois prête, c’était la libération et la joie de retrouver famille et amis.

 

Elle recherchait la finition la plus juste dans ses gestes de brodeuse de fichus de mireille et d’arlésienne. Cette précision, la concentration et le rapport au temps de l’activité demeurent un enseignement fort en symboles.

Cette recherche de justesse en toute discrétion et ce travail de création contemporaine textile à partir d’éléments du passé fait partie de moi.

 

Pendant le confinement, j’ai pu transmettre à ma fille ces gestes ancestraux simples et universels où l’exigence du regard impose de ne pas hésiter à défaire son ouvrage dès que nécessaire pour le refaire en mieux.

 

S’ils ne disent pas tout de qui nous sommes, les choix vestimentaires donnent beaucoup d’indicateurs.

 

Le diptyque m’a permis d’approcher plus profondément ma recherche sur la multiplicité des êtres que nous incarnons. Le tee-shirt et le visage au « naturel » sont également des marqueurs de l’époque contemporaine qui nous placent tous à égalité.

 

À travers ce phénomène de société contemporain, complexe, sérieux et festif, j’ai souhaité parler de manière sobre de milliers de personnes engagées, que l’on pourrait ne pas voir... comme l’Arlésienne de Bizet.

Cecil Ka, 2020

ARLÉSIENNE _ Jean-Paul Cassulo, psychanaliste

Les doubles portraits Arlésiens de Cécil Ka, captés en plans américains avec une obsessionnelle précision, au-delà de leur qualité plastique, nous renvoient à trois thématiques essentielles :

1. La dualité :

Quand Alice traverse le miroir de Lewis Carroll, ce n’est pas au pays des songes qu’elle se retrouve, mais dans une contrée inconnue jusqu’alors de sa conscience qui n’est autre que sa psyché.
Les aventures qu’elle va y vivre vont la bouleverser au plus profond d’elle-même, sans laisser au dehors aucune trace du voyage qu’elle a fait en elle-même. L’Arlésienne en tenue n’est pas la tenue d’Arlésienne. Cécil Ka nous le signifie clairement au travers du miroir qui nous renvoie la lumière de ses modèles.
La dualité tee-shirt gris / costume traditionnel nous interroge, au travers de ces images, sur la réalité de l’enveloppe qui à la fois recouvre et contient la personne.

2. La représentation :

Une règle de base de l’optique (hormis les faux-semblants) énonce que quand on voit, on peut être vu.
La représentation scopique nous permet de prendre une place dans le monde visible, ou tout au moins de tenter d’y prendre sa place.

Mais cette place est loin d’être clairement définie. Elle peut être celle que nous fantasmons d’occuper face au réel que les autres nous renvoient.

Comment se voient les modèles de Cécil Ka ? Habitent-ils tour à tour chacune de ces tenues d’apparat ou de coton gris ?
Quelle est celle qui les représente véritablement ?

3. L’identité:

La singularité au sein d’un groupe constitué par des éléments invariants d’appartenance qui peuvent évoluer sans altérer la cohésion de l’ensemble constitue ici une puissante signification du costume Arlésien.
Cécile Ka renvoie dos à dos chaque modèle à une quête d’appartenance au groupe auquel son histoire et son territoire le rattache. Qui est Arlésien ?
Le costume ne serait-il qu’un signe pittoresque d’appartenance parmi d’autres ? Le regard porté par Cécil Ka sur la double peau de ses modèles nous interroge sur l’identité. Et cette question de l’identité nous touche car elle touche au réel de la personnalité de chacun d’entre nous, un réel à chaque instant en reconstruction.

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